La cérémonie des Oscars 2026, prévue pour le dimanche 15 mars approche. L’excitation monte et les pronostics s’enflamment autour de la soirée la plus glamour du cinéma hollywoodien. Alors, avant de découvrir quels films seront les grands gagnants de 2026, voici cinq films récompensés d’une statuette en or à (re)voir.
Anora, Sean Baker (2024)
Avec Anora, Sean Baker signe son plus grand film à date : titulaire de la Palme d’Or ainsi que de l’Oscar du meilleur film, il suit Ani, jeune strip-teaseuse new-yorkaise qui entame une relation avec le fils d’un oligarque russe. Ce qui s’annonce être un conte de fées contemporain se transforme rapidement en une course-poursuite lorsque la famille du jeune homme débarque pour faire annuler l’union.
Récompensé pour sa mise en scène et l’immense interprétation de son actrice principale Mikey Madison, Anora dépeint la violence des rapports de classe au sein d’une Amérique de plus en plus inégalitaire. La caméra suit tous les personnages au plus près de leurs corps, faisant de ce film une ode à la vitalité. Si le film déploie une galerie de personnages tous inoubliables, celui d’Ani fera date, tant elle incarne le parfait mélange de détermination et de vulnérabilité. Véritable succès pour le cinéma indépendant, Anora est un film joyeux, drôle et pourtant empreint d’une grande injustice : celle que les rêves ne se réalisent pas toujours.
Parasite, Bong Joon Ho (2019)
En remportant l’Oscar du meilleur film, Bong Joon Ho aura marqué à tout jamais l’histoire de la cérémonie : Parasite est le premier en langue non anglaise à remporter cette statuette. Également récompensé de la Palme d’Or quelques mois avant, le succès du film est quasi-incontestable. L’intrigue est la suivante : une famille modeste, les Kim, infiltre progressivement le quotidien d’une riche famille, les Park, en se faisant embaucher sous de fausses identités. D’abord ludique, drôle et réjouissant, l’intrigue s’assombrit alors que les Park s’absentent le temps d’un week-end…
La force de Parasite est simple : le film change sans arrêt de ton sans jamais perdre son équilibre ou sa cohérence. Tour à tour comédie mordante puis thriller domestique aux allures tragiques, le film est d’une fluidité exemplaire. La mise en scène chirurgicale, épouse le propos politique sous-jacent au film : les escaliers, les sous-sols, le réalisateur emploie ces espaces et en fait la matérialisation des hiérarchies sociales. Car oui, derrière cette virtuosité narrative, Parasite met à nu une grande violence sociale, dont le propos est même universel. C’est l’un de ces rares films dont l’impact critique et populaire continue de résonner des années après sa sortie.
The Artist, Michel Hazanavicius (2011)
Faire triompher, dans les années 2010, un film français muet en noir et blanc à Hollywood ? Michel Hazanavicius l’a fait. Dans les années 20, George Valentin, star adulée du muet, voit sa carrière s’effondrer face à l’arrivée du cinéma parlant, symbolisé par la jeune actrice Peppy Miller.
Récompensé par plusieurs Oscars, The Artist offre davantage qu’un simple hommage au cinéma : c’est un film sur la chute, mais surtout sur la résilience et la réinvention de soi. Il montre bien que si le cinéma traverse les époques et les technologiques, les images ne perdent jamais de leur puissance ou de leurs émotions. D’ailleurs, The Artist « n’imite » pas le cinéma d’hier : il lui reconstitue tout son sens du rythme et de l’expressivité.
Bowling for Columbine, Michael Moore (2002)
Les meilleurs films oscarisés ne sont pas forcément des fictions. Loin de là. Avec Bowling for Columbine, Michael Moore signe un documentaire ayant eu l’effet d’un coup de poing dans le débat public américain. Partant de la tuerie du lycée de Columbine en 1999 ayant causé la mort de 16 adolescents, le film questionne la culture des armes aux États-Unis, et explore ses racines historiques et politiques. Le tout, « à la Michal Moore », c’est-à-dire avec ironie et fracas.
Bowling for Columbine est loin d’être neutre : le film s’engage, provoque et n’hésite pas à interpeller des figures comme celle de l’acteur Charlton Heston, alors lobbyiste pour la National Riffle Association. Récompensé par l’Oscar du Meilleur documentaire, Bowling for Columbine a prouvé qu’un documentaire politique pouvait toucher le grand public tout en s’imposant au cœur de la plus grande cérémonie hollywoodienne. Le cinéma ne sert pas seulement à raconter le monde, mais aussi à la questionner et à le renverser. L’histoire de la tuerie de Columbine a également été adapté en fiction, dans le film Elephant réalisé par Gus van Sant.
All About Eve, Joseph L. Mankiewicz (1950)
All About Eve est l’un des films les plus nommés aux oscars : onze nominations et six statuettes, dont celle du Meilleur Film. Et pourtant, lorsqu’il s’agit d’Eve, les chiffres importent peu. Pourquoi ? Car il s’agit de l’un des films américains les plus brillants et les plus indémodables. Et ce, qu’il s’agisse de l’écriture, de la mise en scène ou de la direction d’acteurs, ou en l’occurrence, d’actrices. Se penchant sur les coulisses de Broadway, le film raconte l’histoire d’Eve Harrington, une admiratrice transie de la grande comédienne Margo Channing. Armée de patience, celle-ci s’introduit peu à peu dans la vie de Margo et de son entourage. Eve est-elle aussi innocente qu’elle en a l’air ? Le mystère reste entier…
A savoir : Le film contient l’une des premières apparitions de Marilyn Monroe au cinéma, jouant le rôle de Miss Casswell, une jeune actrice croisant la route de Margo et d’Eve.
Le génie du film tient avant tout à sa langue et à ses dialogues. Chaque réplique prononcée par Margo se transforme en une tirade grinçante, dont personne n’est à l’abri. Son interprète, Bette Davis, offre dans All About Eve sans doute la performance la plus impériale de sa carrière. Face à elle, Anne Baxter compose une Eve si douce qu’elle en est presque inquiétante. Le théâtre n’est qu’un décor et l’histoire un prétexte : le film parle de l’arrivisme mais surtout du temps, et de l’injustice qu’il cause aux femmes lorsque l’industrie les juge âgées et remplaçables.
(Crédit photo : Adobe Stocks)