Achat immobilier en couple ou en famille : ces pièges juridiques qui peuvent fragiliser votre projet

La rédaction du Parisien n’a pas participé à la réalisation de cet article.

Acheter un bien immobilier à deux ou à plusieurs est souvent une étape importante dans votre vie. Vous construisez un projet commun, vous engagez parfois une grande partie de votre épargne et vous vous projetez dans un avenir partagé. Pourtant, derrière cette décision très concrète, certaines questions juridiques peuvent rapidement devenir sensibles si elles ne sont pas anticipées. Que se passe-t-il l’un de vous veut vendre ? Comment protéger celui qui finance davantage ? Quels droits pour le partenaire survivant en cas de décès ? Autant de sujets qui méritent d’être posés avant la signature, et non au moment où le conflit apparaît. Alors comment acheter à plusieurs sans fragiliser votre patrimoine ni vos relations ? Décryptons ça ensemble.

Acheter à plusieurs : un projet commun qui doit être juridiquement clair

Acheter en couple ou en famille peut être une solution rassurante. Vous partagez le coût de l’acquisition, vous augmentez votre capacité d’emprunt et vous donnez une forme concrète à un projet personnel. Mais juridiquement, acheter à plusieurs signifie aussi partager des droits, des obligations et parfois des risques.
Cette vigilance est d’autant plus importante que les formes de couple sont aujourd’hui plus diverses. Selon l’INSEE, 196 132 pacs ont été conclus en France en 2023, ce qui rappelle que l’achat immobilier ne concerne pas uniquement les couples mariés, mais aussi les partenaires pacsés, les concubins et les familles qui souhaitent investir ensemble.
Or, votre statut change beaucoup de chose. Un couple marié, un couple pacsé et deux concubins ne bénéficient pas des mêmes protections. De la même manière, un achat entre parents et enfants ou entre frères et sœurs ne se gère pas comme un achat en couple. Avant même de parler financement, il faut donc savoir qui achète, dans quelles proportions, et avec quelles conséquences si la situation évolue.

L’indivision : la solution la plus simple, mais pas toujours la plus protectrice

Dans la plupart des achats réalisés à plusieurs, le bien est acquis en indivision. Cela signifie que chacun détient une quote-part du bien. Cette quote-part peut être égale, par exemple 50 % chacun, ou différente si l’un des acquéreurs finance davantage.
L’indivision a l’avantage de la simplicité. Elle permet d’acheter rapidement, sans créer de structure particulière, mais elle peut aussi devenir un piège si vous ne l’organisez pas correctement. La règle principale est claire : nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision. Autrement dit, un indivisaire peut demander le partage du bien, même si les autres souhaitent le conserver. Cette règle est prévue par l’article 815 du code civil.
Dans la vie quotidienne, peut devenir très concret. Si vous achetez avec votre conjoint, votre frère ou votre parent, et que l’un souhaite sortir du projet, il peut provoquer une discussion sur la vente ou le rachat de sa part. Si aucun accord n’est trouvé, la situation peut devenir conflictuelle.
Pour limiter ce risque, il est souvent utile de prévoir une organisation dès l’achat.  Une convention d’indivision peut notamment permettre d’encadrer la gestion du bien, les dépenses, les modalités de décision et les conditions de sortie. Ce n’est pas une formalité anodine : c’est un outil de protection.

Mariage, pacs, concubinage : votre statut change vos droits

Lorsque vous achetez en couple, votre statut juridique doit être regardé de près. Il ne s’agit pas seulement d’une question administrative, mais d’un élément qui détermine vos droits sur le bien.
Si vous êtes mariés sans contrat de mariage, vous relevez en principe du régime légal de la communauté réduite aux acquêts. Dans ce régime, les biens achetés pendant le mariage sont en principe communs, sauf exceptions.
Si vous êtes pacsés, la logique est différente. Le régime légal du pacs est celui de la séparation des patrimoines, sauf choix contraire dans la convention. Cela signifie que chacun conserve la propriété des biens qu’il acquiert, sauf si l’acte prévoit une acquisition commune.
En concubinage, la situation est encore plus fragile. Le concubinage n’entraîne pas les mêmes obligations que le mariage ou le pacs. Les sites officiels rappellent que l’union libre produit des effets plus limités que les autres formes d’union. Dans un achat immobilier, cela signifie que tout doit être clairement prévu dans l’acte : la part de chacun, le financement réel, les règles en cas de séparation et surtout les conséquences en cas de décès.

Apports inégaux : le détail qui peut tout changer

 L’un des pièges les plus fréquents concerne les apports. Dans beaucoup de projets, chacun ne finance pas exactement la même chose. L’un peut apporter une épargne plus importante, l’autre peut rembourser davantage le crédit, ou un parent peut participer au financement.
Le problème apparaît lorsque l’acte d’achat ne reflète pas clairement cette réalité. Si vous financez 70 % du bien mais que l’acte indique une réparation à 50/50, vous risquez de vous retrouver juridiquement propriétaire à part égales, même si l’effort financier n’a pas été le même. A l’inverse, si vous souhaitez volontairement avantager l’autre acquéreur, cela doit aussi être compris et assumé.
Dans un achat à plusieurs, il est donc essentiel de faire apparaître les quotes-parts réelles dans l’acte notarié. Cette précision peut éviter de nombreuses contestations au moment d’une séparation, d’une revente ou d’une succession. Ce point est souvent technique, mais il est déterminant : le droit regarde ce qui est écrit, pas seulement ce que chacun pensait avoir convenu oralement.

Crédit immobilier : se séparer ne suffit pas à se désengager

Lorsque le bien est acheté avec un crédit immobilier, la vigilance doit être encore plus forte. Beaucoup de particuliers pensent qu’en cas de séparation, celui qui quitte le logement cesse automatiquement d’être engagé auprès de la banque. En réalité, ce n’est pas aussi simple.
Si vous avez signé le prêt à deux, vous restez en principe co-emprunteur tant que la banque ne vous a pas officiellement désolidarisé. Autrement dit, même si vous n’habitez plus dans le bien, vous pouvez rester tenu au remboursement du crédit.
C’est l’un des points les plus sensibles dans les ruptures. Le bien peut être occupé par une seule personne, mais le crédit continuer à engager les deux. Pour éviter cette difficulté, il faut anticiper les solutions possibles : vente du bien, rachat de part, demande de désolidarisation auprès de la banque ou refinancement du prêt par celui qui conserve le logement.

Décès et projets familiaux : des situations à ne pas laisser au hasard

Le décès est rarement envisagé au moment d’acheter, mais ses conséquences peuvent être immédiates, surtout hors mariage. En concubinage, le partenaire survivant n’est pas héritier et ne bénéficie d’aucun droit automatique sur le bien.
Il peut ainsi se retrouver en indivision avec les héritiers du défunt, dans une situation parfois difficile à gérer, notamment si le logement était la résidence principale.
Les achats en famille ne sont plus à l’abri. Avec le temps, les attentes peuvent évoluer et faire naître des désaccords si rien n’a été prévu dès le départ.
Au fond, acheter à plusieurs suppose d’anticiper ces situations. En posant un cadre clair dès l’origine, vous sécurisez votre projet autant que vos relations.

Peut-on acheter à deux sans être mariés ?
Oui, c’est possible. Vous serez généralement en indivision, ce qui implique de bien encadrer juridiquement votre achat.

Un coacquéreur peut-il forcer la vente du bien ?
Oui la loi permet de sortir de l’indivision à tout moment, ce qui peut conduire à une vente.

Le concubin survivant est-il protégé ?
Non il ne bénéficie d’aucun droit automatique sans disposition spécifique comme un testament.

Sources :

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F835

https://edito.seloger.com/conseils-d-experts/vendre/indivision-successorale-eviter-conflits-entre-heritiers-article-22035_16

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1026

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381498

(Crédit photo : Adobe Stock / DJSPIDA FOTO)

Article publié par
Ilhem Mahour

Nous vous recommandons également

Catégories

SCI : quelle différence entre le siège statutaire et le siège réel ?

La création d’une SCI implique une...
Publié le
Catégories

SCI familiale : comment transférer le siège au domicile d’un parent ?

La Société Civile...
Publié le
Catégories

Déménagement familial : faut-il déplacer le siège de la SCI ?

La Société Civile...
Publié le
Catégories

Comment transférer le siège de la SCI après un divorce ou une succession ?

La Société Civile...
Publié le
logo Le Parisien